Ceucidit

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17 juillet 2008

Auto-Plus, une affaire Renault Vs Fiat ?

original_5240_demiC’est un article paru sur le site d’Arrêt sur image qui évoque un lien entre le journal Auto-Plus et la marque automobile Fiat. Leur point commun serait S.BerlusconiS.Berlusconi qui est en effet le patron du groupe de presse MondadoriMondadori dont le siège se situe à Turin tout comme celui de Fiat.

Le journaliste évoque un rapprochement hasardeux l’air de dire « j’ai ça dans ma besace, je ne sais pas quoi en faire, je le mets sur la table, faites-en ce que vous voulez ». Voilà comment créer une affaire dans une autre à la manière de poupées Russe.

Cette remarque qui accréditerait la thèse de l’espionnage industriel me paraît toutefois peu crédible. L’affaire qui porte sur la révélation de photos concernant la future Mégane n’en est pas moins problématique pour Renault. Il s’agit en effet du véhicule le plus important pour le constructeur car il est (sous toutes ses déclinaisons : break, berline, monospace, cabriolet) le « fond de commerce » de la marque. Autant dire que bien figurer sur ce marché est précieux. Néanmoins le journal qui se fait fort (comme d’autre) de dévoiler les nouveautés sous forme de scoops n’en est pas à son coup d’essai. Aussi Renault n’est pas l’unique constructeur à voir ses prototypes dévoilés car Fiat en fait les frais également. Difficile alors d’établir qu’une marque serait particulièrement visée par ces pratiques.

Les commentaires que j’ai pu lire à la suite des différents articles de presse paru hier montrent à quel point l’avis des gens est partagé à ce sujet. Est-il normal de relater des informations qualifiées de secrets industriels ? Est-ce vraiment du journalisme d’investigation ou de la presse « auto people » dont l’actu proviendrait de paparazzi ? Dans le cas présent, il ne s’agit toutefois pas de professionnels puisqu’il s’agit de photos volées par du personnel Renault.

RSF (Reporters sans frontières) a tranché, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une atteinte à la liberté d’informer. Aucune perquisition n’aurait du être effectuée à la rédaction du journal. Menant ma petite enquête, j’ai été fort étonné de voir que le sujet avait été oublié des blogs de journalistes. Sont-ils aussi perdus que les lecteurs ?

Le comble dans tout cela c’est de voir des journalistes auto attaqués par un constructeur. Nul n’ignore en effet le peu de crédit qu’il leur est accordé (comme pour la presse féminine) lorsqu’il s’agit d’être vif vis à vis d’une marque. Taxé d’accointances trop marqué, d’une liberté de ton trop peu visible, de la publication de publi-reportagespubli-reportages plus que de reportages les voilà mis au banc des accusés.

Je me garderais bien de faire le lien avec cette affaire et d’autres bouleversements dans les médias. Quoi qu’il en soit j’espère que cela ne tiendra pas pour jurisprudence et que l’on ne verra pas une surenchère dans les mois à venir.

Posté par Ceucidit à 12:08 - ACTU - Commentaires [5] - Permalien [#]
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Commentaires

    Bonne remarque !

    "j’ai été fort étonné de voir que le sujet avait été oublié des blogs de journalistes."

    Je n'ai pas d'avis mais l'affaire est délicate. Des chefs de mise en examen ont été retenus notamment le recel d'abus de confiance. La formation des journalistes est-elle suffisante s'agissant du risque pénal qu'ils encourent ?
    Je comprends les réactions, car déjà que l'investigation n'est pas le point fort de la presse française, quelques coups de semonce de ce genre et on aura plus qu'une presse officielle qui ne dira pas son nom.

    Il semble qu'il y ait eu une affaire similaire avec Citroën et l'auto-journal en 1955 lors de la sortie de la DS (de la DS 19 et de marcus ;o))

    Posté par Marcus, 18 juillet 2008 à 10:21
  • Marcus : le problème (ou pas) c'est que le risque d'être poursuivi au pénal est lié à chaque affaire hors des sentiers battus. Le métier de journaliste c'est aussi de mettre le doigt là où ça fait mal pour dénoncer, informer... Renault se défend de vouloir nuir à la rédaction du journal. Cette action est motivée par l'intention de mettre la main sur le nom du salarié qui aurait vendu les infos selon le constructeur. Toutefois nul ne peut assurer que cela n'aurait pas été identique si la photo avait été prise par Auto Plus.

    Posté par Frédéric, 18 juillet 2008 à 15:38
  • Oui, on se rejoint finalement, mais a mon sens les infractions risquent de tenir et le journaliste est embarqué dans une sale affaire. Note bien que le mieux qu'il ait à faire c'est de raconter un bobard au juge d'instruction du style : j'ai trouvé ces documents dans ma boîte aux lettres et j'ignore qui en est l'expéditeur. Puis attendre tranquillement l'audience devant la juridiction de jugement si cela va jusque là.

    Posté par Marcus, 20 juillet 2008 à 00:33
  • intéressant billet sur une affaire

    qui jusqu'ici m'a laissée de marbre. C'est le moins qu'on puisse dire.

    Je pense néanmoins que le sujet est grave, quand j'y réfléchis de plus en plus : les médias, rachetés tour à tour par des groupes financiers, dont pas mal à la limite de la légalité, sont-ils encore libres ?

    Leur lectorat n'est-il pas la garantie de leur liberté en péril ?

    Et quid s'ils perdent ce lectorat en se décrédibilisant eux-mêmes, CAD en appliquant de vrais fausses bonnes idées ?

    A savoir, sortir des scoops à tous prix.
    Car un scoop, c'est une chose.
    Griller un secret industriel, c'en est une autre.

    Et au passage, en faisant plonger des sources clairement douteuses.

    Tu le vois : tout ça ne sent pas très bon et ne fait rien pour rendre son crédit à une presse, qu'elle soit auto, féminine ou généraliste, qui peine à se maintenir en terme de déontologie.

    On pourrait comparer cette "petite" histoire à l'affaire clearstream. Pas claire non plus et tellement embrouillée. Une petite affaire ? Une grosse affaire ? qui fait le jeu de qui et qui paie au final ?

    L'expression.
    La démocratie.

    Ca grignote un peu plus à petits coups de dents, ici et là....

    Posté par Cath, 24 juillet 2008 à 17:03
  • La presse n'a jamais été complètement détachée des sphères politiques et financières. Ce qui me paraît important c'est qu'il puisse rester des journaux d'opposition. La neutralité des journalistes a toujours été un leurre car personne ne l'est. Pour le lectorat ce qui est primordiale c'est qu'il sache où trouver un panel d'informations nécessaires pour se forger une opinion. Ainsi lorsque je lis le Figaro je sais à quoi m'attendre, il n'y a pas de surprise. C'est là qu'internet apporte quelque chose. A deux clics d'un média traditionnel (de droite ou de gauche) il m'est possible de lire une même info traité sous un autre angle. Le tout étant de faire cette démarche, d’être un peu curieux. Pour en revenir à l’auto, le fait de divulguer des documents stratégiques lorsqu’ils ne dévoilent rien de compromettant ni d’alarmant me paraît peu utile. Toutefois c’est une pratique difficile à juger car elle a toujours été employée. Il y a toujours eu une sorte d’entente entre les constructeurs et les journaux à ce sujet. Les méthodes ne sont pas nouvelles. Le problème pour les constructeurs c’est de maitriser cette communication qui leur échappe, qui parfois même leur est favorable, provoque le buzz et suscite l’intérêt. D’autres fois comme celle-ci l’enjeu est tel que les journalistes ne sont plus les bienvenus. Il y a là une volonté de contrôler l’information. Hors le problème est bien là, est-il normal de sanctionner des journalistes qui publient des infos non officiels ? N’est-ce pas plutôt à Renault de régler ses comptes en interne ? Affaire Clearstream... non je ne pense pas qu'il y ai un rapprochement possible. Il s'agit d'une fuite sur un projet majeur à une période ou Renault prévoit de supprimer 5000 emplois en raison du peu de succès remporté (entre autre) par la Laguna (qui était censé relancer l'activité de manière pérenne à l'usine de Sandouville, déjà affaibli par la mévente des précédentes voitures).

    Posté par Frédéric, 25 juillet 2008 à 11:45

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