Ceucidit

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23 mai 2008

Quels journalistes pour quel journalisme ?

A quoi sert un journaliste ? Cette question à laquelle je ne répondrais pas est le thème des Assises Internationale du Journalisme qui ont lieu en ce moment à Lille. La question sous-jacente (qui m'intéresse) me semble être : Quelle mesure apporter pour répondre au mieux aux exigences nouvelles (et/ou incontournables) ? Et là j'imagine comme réponse possible (et contestable), une sélection plus draconienne des rédacteurs, où le cursus de certains l'emporterait sur la motivation et la vocation d'autres postulants.

Il faut tout d'abord admettre que les blogueurs sèment le trouble dans l'échiquier d'une caste jusqu'ici bien à l'abri. Le cinquième pouvoir c'est attaqué au quatrième, œil pour œil, dent pour dent sur son propre terrain de jeu à savoir l'information, l'analyse et la primauté. Une sorte d'OPA (Offre Publique d'Achat) hostile a été lancé contre le colosse aux pieds d'argile (perte d'audience et de crédibilité).

Quid de cette nouvelle donne les journalistes sont alors amenés à redéfinir leur propre rôle et pour cela ils leur faut revenir aux fondamentaux ! Il est nécessaire de contre-attaquer sur des acquis, des valeurs sûres que eux seuls, peuvent s'enorgueillir de pouvoir mettre dans la balance. C'est leur professionnalisme qu'ils vont tenter de mettre en avant et défendre. « Laissez faire les pros, les médias citoyens c'est pour vous et la hiérarchisation, la véracité et la mise en perspective pour nous » (pourraient-ils dire) !

Quel_journalisme

Aucun certificat, aucun diplôme n'est nécessaire officiellement pour exercer le métier de journaliste. Nombre d'entre eux sont d'ailleurs autodidactes. Il y a même une sorte de rivalité entre les journaleux des écoles reconnues et ceux « fait main, à force de ». Les premiers sont présentés comme étant trop formaté. Il leur est reproché d'être trop prévisible dans leur manière de travailler, ce qui dans le cadre d'une recherche d'un traitement différent de l'actualité est un inconvénient. Les autres plus atypiques séduisent par leurs parcours et le potentiel d'idées nouvelles qu'ils sont censés amener. Leur travail est au départ pourtant plus aléatoire et nécessite plus d'encadrement. Cela n'est pas forcément un bon point lorsqu'il s'agit d'être réactif au sein d'une rédaction (d'un quotidien par exemple).

Si ce métier a permis à certains de se lancer sans passer par une école, il ne me paraît pas saugrenue de s'interroger sur la persistance de cette originalité. Un professionnalisme accrue laisse en effet supposer que les règles élémentaires sont parfaitement acquises. Ce sont ces personnes-là (ceux ayant été à l'école) qui selon moi contrastent le plus avec les écrits et la démarche des blogueurs. C'est pour cette raison que j'imagine (avec un peu de regret) qu'ils seront de plus en plus courtisés pour  assurer au journalisme un avenir serein.

Posté par Ceucidit à 17:28 - Blogs - Internet - Journalisme - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    A quoi sert un journaliste ?

    Tiens c'est drôle, je discutais au téléphone récemment avec un général Birman, il se posait exactement la même question.

    "la hiérarchisation,"
    Quand on voit comment la presse n'a fait que se concentrer et en quelles mains elles se trouvent, la hiérarchisation doit être vite faite sur les sujets sensibles.

    "la véracité…"
    Même observation !
    La véracité, et pour quoi pas la vérité tant que tu y es.
    S'il y avait un journalisme d'investigation digne de ce nom dans ce pays cette assertion passerait mieux.

    C'est pas tant dans ce qu'on dit que peut résider un problème, c'est plus dans ce que l'on ne dit pas.

    Posté par Marcus, 23 mai 2008 à 22:25
  • Marcus : hélas les journalistes sont les premiers à se débattre pour mieux informer. La censure n'est plus sournoise du tout puisqu'elle s'applique au yeux de tous. Que dire de l'AFP par exemple qui lutte en ce moment pour conserver son statut ? Plus d'investigations et de reportages, c'est le rêve des rédacs chefs de beaucoup de canard ! Pour ça il faudrait plus d'argent et malheureusement les financiers en haut de la pyramide sont plutôt frileux lorsqu'il s'agit de fouiner dans des domaines jugés sensible pour eux et leur entourage.
    Bon et sinon le Phare de Ré comment va-t-il ?

    Posté par Ceucidit, 23 mai 2008 à 23:21
  • Revenir aux fondamentaux, évidemment!
    J'ai notamment apprécié les conseils distillés par Jean-François Kahn: revenir au "terrain", employer un langage compréhensible de tous, etc.

    Le journaliste est un médiateur, un témoin. Actuellement, il semble que sa fonction soit trop instrumentalisé. Le travail de desk, la reprise de dépêches, et la fréquentation des "zélites", ça empêche un peu de voir le monde...

    Mais ajoutons aussi que l'exigence à l'égard du journaliste n'a jamais été aussi élevée.

    Posté par Eric, 24 mai 2008 à 22:32
  • L'exigence n'a jamais été aussi élévée car selon moi, les médias classiques ne sont plus les seules sources d'informations. Lorsqu'une situation est confuse (ici l'information dans sa globalité), il est coutume de se retrancher sur des choses rassurante à savoir ce que l'on connait déjà. Il est donc demandé aux journalistes de se démarquer par un travail jugé fiable et de qualité.

    Posté par Ceucidit, 26 mai 2008 à 14:23
  • je pense que chaque l'arrivée du journalisme automatique assisté par ordinateur, le journaliste va devoir ressortir pour trouver de l'information, fin les repas sur note de frais et les billet aux gorges profondes, pour redevenir du journalisme de terrain.
    je pense que surtout l'avenir du journalisme passera par le retour à raconter des histoires, à transmettre des émotions.
    "vive" les affaires "grégory"

    Posté par Xavier formation, 26 avril 2010 à 09:54

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